sam

30

jan

2010

pour ne pas tuer l'enchantement

(...)

Une même obsession habite les libérateurs du désir comme les défenseurs des bonnes moeurs : celle de guérir. Le sentiment de ses tabous pour les uns, a société de l'hédonisme pour les autres. Mais nos passions sont rebelles à la vulgate progressiste qui admoneste, à la vulgate passéiste qui fustige, elles se déploient, indifférentes au fait de savoir si elles sont morales ou conformes au sens de l'Histoire. Nous ne reviendrons pas sur les acquis du féminisme mais nous n'en finirons pas plus avec la vieille dramaturgie du coup de foudre, du couple, de la fidélité. 

 

L'amour n'est malade de rien, il est tout entier ce qu'il doit être à chaque instant avec ses abîmes et ses splendeurs. Il demeure cette part de l'existence que nous ne maîtrisons pas, rétive aux embrigadements, réfractaires aux idéologies. 

On ne le sauvera pas des blessures qui l'affectent, des exclusions qu'il pratique : il reste impur, fait d'or et de boue, un enchantement ambigu ; gommez l'ambiguité, vous tuez l'enchantement.

 

Il faut garder de lui ce qu'il a de meilleur, sa vitalité, son pouvoir de tisser des liens, son approbation dionysaiaque à la vie, à la fois exquise et douloureuse.

Et trouver des non solution interminable de ses maux, le charme d'une solution possible.

Sagesse de l'amour, sacralité du coeur, transcendance de la sphère privée, la tentation est grande d'annexer ce sentiment dans le cercle de la Raison, du Sens, de l'Ethique.

Nul besoin de lui tresser tant de lauriers : il se défend bien tout seul. Il y a perfectibilité de l'individu, progrés dans la condition des hommes et des femmes, il n'y a pas de progrés en amour.

Il restera toujours de l'ordre de la surprise.

C'est la bonne nouvelle de ce siècle commençant.

.

Arrivés au soir de notre vie, le soupçon nous vient que nous avons parfois mal agi. Nous n'avons pas eu le mot juste pour l'ami qui en avait besoin, pour l'enfant qui nous était confié...Nous avons été tout à tour lâches et mesquins mais aussi quelquefois nobles et généreux.

Telle est l'abondance du coeur, qu'au milieu de tant de petitesse, il soit capable de nous rendre meilleurs, de nous élever au dessus de nous mêmes.

A tous ceux que tenaille la peur de la deception ou de la moquerie, il faut répéter : n'ayez pas honte de vos contradictions ou d'être qui vous êtes : naïf, fleur bleue, fidèle ou volage. Ne vous laissez pas intimider par vous même.

Il n'y a pas qu'une seule route vers la joie.

 

Nous aimons autant que les hommes peuvent aimer, c'est à dire imparfaitement.

 

Pascal Bruckner. Conclusion de l'essai Le Paradoxe amoureux. Octobre 2009.

 

écrire commentaire

0 Commentaires

  • loading