mer
03
fév
2010
La vie retrouvée
La vie retrouvée
Voici ce que j’ai vu (…)
Pas de vie retrouvée sans goût pour celle-ci, celui des amitiés, des repas partagés, des rires offerts, des émerveillements simples.
Un goût donné en excédent, sans contrepartie. Bonté de la saveur et du plaisir qui font face aux chagrins.
En dépit de la peine, reconnaître les goûts offerts de surcroît, supplément de vie ; de vie sensée.
La question : comment vivre en ce monde difficile ?
Après avoir tant espérer en ce qui ne leurrerait pas.
Prendre alors ce qui est donné « sous le soleil », rejoint le presque rien de Jankelevitch.
Pas grand chose, donc, apparemment : mais il change le cours de l’existence.
A travers, ce simple qui vient se proposer au fil des jours, la vie se redécouvre, aimable.
Elle s’apparente à la marche retrouvée et réapprise après un accident.
(…)
Comment, alors vivre ?
Donner son poids de vie, de surprise, à ce temps offert. Saisir le présent, se rendre disponible, sans prétention, mais avec gôut et force. Sel de la vie, sel de la vérité de l’exister sans doute.
Là, au creux de ce qui a meurtri parfois si loin, l’humain peut encore décider de laisser passer de la vie, de l’air, du souffle. (…)
Tenter de ne pas rater le temps donné.
Joies simples sans doute, ordinaires.
S’attacher à l’offert, pour ce jour, ce moment, cette étape de notre vie. Ce qui est donné de surcroît…
(…)
Ce qui s’offre au terme de ce parcours est ce mystère ; une joie imprenable. Celle qui a, comme par miracle peut être, mais pas seulement, traversé ces rivages dangereux de la mort, des maudites désolations…(…) la réécriture est justement le lieu du lien, pour que s’ouvre notre histoire et notre liberté. La joie est là dans cette trouée, joie impossible à ravir.
(…)
ce n’est qu’au terme de notre voyage à travers l’échec, ses significations, les proximités qu’il exige, que ceci peut s’écrire. Car la joie n’est pas première. Ce qui est initial c’est bien la mise en question de nous mêmes, du sens de l’existence, à travers le malheur des échecs. Nous en ressortons en sachant, définitivement, que la vie est porteuse d’opacités, d’ambivalences, de tantd e complexités. Nous en ressortons avec l’intime conviction que l’humain peut habiter le poids de l’existence, pas sans les autres. Nous sommes plus fragiles d’apparence, mais en fin de compte plus vigoureux pour faire face au temps qui vient, mais d’une autre force, celle du courage et de la modestie, comme d’une autre volonté que celle de l’acharnement.
Nous en avons réchappé, car nous avons goûté, grâce à d’autres, le prix d’une existence un peu libérée, mise au large.
Cette joie n’est pas un état stable, dont nous pourrions faire provision pour d’autres jours sombres, elle se donne dans l’acte même de désirer, de consentir à la vie vivante, précaire mais ouverte, blessée mais relevée. Accueillir alors qu’il nous est offert de sentir la vie. Ni le bonheur, ni le chagrin, ni la honte, ni l’espérance. Sentir la vie, au risque d’en souffrir à nouveau.
(…)
Retrouvée la vie après la souffrance, c’est habiter un espace nouveau que la vie retrouvée vient à se réécrire, marquant qu’il n’y a pas d’écriture définitive, pas plus que de lecture unilatérale.
Dans cette capacité offerte autant que travaillée, la fatalité n’est plus, la vie, ainsi, fragile, mais tenace, ayant traversée les souffrances, trouve à inventer son nouveau chemin et rouvrir le temps de l’histoire."
Fred Poché.

