lun

29

mar

2010

Changement de position

Nous sommes malades d’une pensée qui tourne en rond sur elle-même, nous sommes malades du souci de comprendre, alors qu’il s’agit de faire.

 

Nous voulons comprendre avant d’expérimenter, alors que, dans les choses qui relèvent de l’humain, c’est le contraire qui est vrai.

Il faut d’abord faire l’expérience pour tenter après coup de comprendre.

 

Il existe une intelligence qui est à l’œuvre dans l’action elle-même si nous prenons la peine d’y entrer, c’est à dire d’abandonner notre savoir préalable pour nous laisser sentir les tenants et les aboutissants d’une situation.

 

C’est l’environnement dans lequel nous sommes que nous allons laisser venir à nous et c’est lui qui va nous permettre de nous situer convenablement.

 L’homme est devenu un porteur de prothèses. Il y a quelques décennies, on se demandait comment faire pour créer des robots qui ressemblent à des humains. La question d’aujourd’hui est comment faire pour que l’homme devienne pleinement un robot.

 

Il sera de plus en plus nécessaire de réapprendre à sentir, pas seulement de jouer à l’homme des bois, mais de retrouver, dans les relations humaines, la valeur des perceptions qui naissent de la proximité des corps.

 

Depuis que je pratique ce métier, je n’ai jamais cessé de me demander ce que pouvait bien être le moteur du changement.

 

J’ai mis du temps à comprendre que ce ne pouvait pas être, comme on le disait couramment, un effet de la prise de conscience, que la compréhension aussi fine qu’elle puisse être ne servait à rien.

 

La réponse est qu’il n’y a pas de changement si le patient ne modifie pas sa position, s’il n’agit pas de tout son être pour se situer autrement.

 

Cela suppose que le thérapeute ne cherche pas à faire entrer le patient dans quelque modèle théorique, mais qu’il s’adapte à sa situation présente et qu’il invente pour chacun une procédure qui lui permettrait d’avancer. 

 

François ROUSTANG. Mars 2010

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