jeu

01

avr

2010

De quoi vivre : se remettre en scène ?

(...)

ce témoignage entendu ce matin :

 

"un sage a dit : le désir de confort détruit la passion de l'âme.

Donc, je ne désire rien.

Ne rien posséder vous apprend la valeur des choses en vous apprenant la valeur de rien.

Je suis comme les oiseaux sur l'arbre.

Je me réveille le matin et je chante sans me soucier si quelqu'un écoute ou non.

Il FAUT VIVRE SANS ATTENTE, SANS EXPECTATION, SANS EXCEPTION, il faut vivre.

 

Melody Gardot.


Son nom sonne français, mais elle est née dans le New Jersey, d'un couple polono-franco-gitan. Melody Gardot, 24 ans, a grandi à Philadelphie.

Ce prénom, sa mère l'a choisi parce qu'elle répondait dans son ventre à la musique. Mais, si elle n'avait eu un grave accident de vélo, à 19 ans, elle serait peintre ou écrivain.

Un médecin lui conseilla la musicothérapie, puisqu'elle avait appris le piano et qu'elle chantait aux oiseaux.

Melody Gardot aime les jardins, les villes avec de grands parcs et se verrait vivre à Hawaii, à s'occuper des fleurs et du gazon.

Ou à Paris. Elle est, comme dans la chanson de Leonard Cohen Bird on wire, un oiseau sur le fil.

Elle n'a pas d'adresse fixe, vit à l'hôtel et dit aux hommes : « Ne tombez pas amoureux de moi, il faudra toujours me partager avec le monde. » 

Elle cache ses yeux sensibles derrière des verres teintés qui lui donnent un mystère hollywoodien. Son premier disque,Worrisome Heart, il a fallu la forcer à l'enregistrer : elle ne se sentait pas prête. Un producteur ami lui a suggéré des chansons. Succès inattendu mais mérité.

Le second album, My one and only thrill, est encore plus réussi : les cordes arrangées par le maître Vince Mendoza lui font un écrin de luxe, et elle chante comme un soupir d'aise.

Dans un restaurant de Saint-Germain-des-Prés, elle dessine un poisson rêveur dans le livre d'or

 


Melody se déplace avec une canne, ayant parfois des problèmes d'équilibre. « C'est comme d'être perdue dans une forêt. Plutôt angoissant. Mais ça passe. » 

 

En peinture, elle aime Daumier, les expressionnistes allemands, Van Gogh. En littérature, Hemingway par-dessus tout, et aussi Neruda. « Il sait parler du corps d'une femme. » 

Sa curiosité semble sans limites. Le film Atonement (Reviens-moi), avec Keira Knightley, lui paraît un modèle de ces fresques romantiques à la Hollywood.

 

« Caetano Veloso, s'il était plus jeune ou moi plus âgée, j'irais au Brésil le capturer. Comme il est plus vieux, je pourrais l'attraper avec ma canne. On ne fait pas plus beau ni plus séduisant », confie-t-elle. Elle se demande comment elle sera à 75 ans. La perspective lui sourit. Pourvu qu'il y ait des fleurs et de la lumière.

 

La scène est manifestement son élément naturel. A l'Union Chapel de Londres, elle alterne les titres de ses deux albums, avec huit cordes qu'elle paie sur son propre cachet, parce qu'elle y tient. A raison. Sa voix est ferme dans la douceur et ne perd rien de son joli timbre quand elle la pousse un peu. 

 

(...)

 

Ses musiciens sont les mêmes qu’à Paris, Melody est une fidèle, son groupe a de la chaleur : un trompettiste et un sax, jouant en section des riffs de confort, peu de solos, un contrebassiste à longue barbe, un batteur attentif, un vibraphoniste britannique, discret.

Elle alterne à la guitare et au piano, un ballon de cognac à côté d’elle sur la scène où elle se déplace avec grâce à l’aide d’une canne. Elle est ravissante, ça on le sait, mais là on a la confirmation qu’elle est une formidable chanteuse et que la scène est vraiment son affaire à elle : elle installe une atmosphère intime, sensuelle, amicale, infiniment confortable, comme si nous étions chacun personnellement son invité et qu’elle voulait nous faire le cadeau de sa tendresse drôle.

 

Sa spécialité, comme une signature calligraphiée, est son scat en écholalies et roulades joyeuses, un truc à mettre le public dans sa poche. 

La chanson qu’elle enchaîne après celle en solo est  Who will comfort me ?

 

Chaque mâle dans la salle, mais probablement aussi chaque personne du sexe opposé, pense que si Dieu y manque, il ou elle y veillera.

 

Suit une chanson nouvelle (déjà un troisième album à venir ?), qui enveloppe comme un soir d’été. Puis quelque chose de plus allant où elle dit avec des gestes amusants que les garçons ne comprennent rien. Elle chante ensuite très lentement Our Love is easy, en confidence affectueuse à l’homme qu’elle veut aimer et qu’elle charme encore dans une longue coda. . 

Elle a demandé qu’il applaudisse avec les doigts : 1 500 personnes qui claquent doucement du pouce et de l’index, cela produit un bruit cascadant, délicieux ; elle demanderait au public de se mettre debout sur la tête, il le ferait, en adoration.

 

elle réussit l’alliance improbable de la sentimentalité, de la sensualité et de la drôlerie. Les Etoiles, bien sûr, elle le chante aussi, et sa chanson sur les oiseaux, et cette autre sur la pluie, qui émeut. Elle a l’art de parler au public, improvisant avec humour, légère distance, sincérité, charme.

 

 

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