lun

26

avr

2010

Le secret du bonheur amoureux : la maison des petits bonheurs

 

La recherche du partenaire idéal.

Propos recueillis auprés de Jean Claude Kauffman, sociologue.


 

En quoi la quête d'amour a-t-elle évolué au fil des siècles ?
On est passé d'un sentiment très dur à un besoin de douceur. Autrefois, le romantisme prônait le culte du chagrin d'amour, l'amour courtois valorisait des passions destructrices et impossibles. Aujourd'hui, face à une société de plus en plus hostile, froide et déstabilisante pour l'individu, on rêve d'un amour tendre et caressant.

Puisque la quête d'amour est de plus en plus prégnante, va-t-on alors voir diminuer le nombre de célibataires ?
Pas forcément. Car si le rêve d'amour s'intensifie, si la notion de couple se renforce, sa mise en application dans la réalité se révèle de plus en plus compliquée.

Pourquoi ?
Avec l'apparition d'Internet, des chats, forums, blogs et autres réseaux sociaux, s'est développée une logique de consommation : on veut trouver le meilleur "produit" possible. Si autrefois, une jeune femme dans un village avait simplement le choix entre Jules et André, aujourd'hui, l'offre se veut très large. On vit dans un hypermarché de l'amour qui implique que l'on définisse ses attentes, qu'on trie, qu'on évalue... Le problème, c'est qu'à force de comparer les partenaires de façon rationnelle, on rend toute forme d'engagement impossible, car on se dit qu'on peut toujours trouver mieux ailleurs.

 

(...)

 

Recette du bonheur amoureux


Le titre de votre livre est très prometteur. Alors, au terme de vos recherches, avez-vous trouvé la clef du bonheur amoureux ?


Malheureusement, je ne veux pas tromper mon monde, car il n'existe pas de recette toute faite. Tout ce que je peux dire, c'est que la logique de l'amour, c'est le don de soi. Pour être heureux, il faut savoir cultiver le beau et le positif en toute chose : apprécier ce qu'on a et savoir s'abandonner. Une attitude en totale contradiction avec le modèle actuel qui  pousse à la performance : on veut ce qu'il y a de mieux pour soi, on formule des attentes et l'on renonce si le conjoint ne se montre pas à la hauteur de nos exigences. 

Il faudrait donc être moins difficile, apprendre à se contenter de ce qu'on a ?


Pas complètement. En fait, toute la difficulté réside dans l'art du dosage : savoir s'abandonner tout en gardant une vision critique pour ne pas s'enfermer dans une relation frustrante et insatisfaisante.

 

Dans votre livre, vous opposez l'amour universel et la passion... 


En effet, on a d'un côté ce que j'appelle "la maison des petits bonheurs", à savoir une attitude systématique de don de soi qui consiste à construire un monde de douceur ; de l'autre, la passion qui nous arrache à la vie ordinaire pour nous faire vibrer et nous emmener vers l'inconnu.

Le couple doit donc forcément faire un choix entre la tendresse et la passion ?


Pas nécessairement. Il s'agit d'un art difficile, mais on peut combiner ces deux formes d'amour dans le couple en créant de petites ruptures avec la réalité. C'est le cas des vacances en amoureux par exemple, qui apportent des sensations plus intenses en rompant avec le quotidien.

 

 

La routine, ennemi de l'amour ?


La plupart des couples redoutent de sombrer dans la routine. Est-ce vraiment l'ennemi à abattre ?


Non ! La routine est totalement indispensable, car elle simplifie la vie. C'est un système, un ensemble d'habitudes qu'on met en place au début d'une relation et qui fait que cela roule tout seul. La routine, c'est reposant mentalement pour le couple.  Le problème, c'est quand il n'y a plus rien d'autre, quand on a l'impression de ne plus exister, de n'être qu'un rouage de la machinerie quotidienne. Il n'y a alors plus de place pour l'aspect vivant du couple : la communication, la complicité, les surprises...

Alors comment éviter cet écueil ?
En trouvant le juste équilibre entre la routine, qui permet de se ressourcer, et l'innovation : romantisme, création d'événements, de moments d'intensité et de complicité. Car il faut bien se rendre à l'évidence : dans une société où le couple répond à un besoin de confort et de réconfort, on ne peut pas innover en permanence. Il faut aussi pouvoir se laisser aller au sein de son cocon.

 

(...)

 

"L'étrange histoire de l'amour heureux", Jean Claude Kauffman.

Editions Armand Colin

 

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