Comment éduquer ses enfants ?
Schématiquement, deux positions s’affrontent, et sur un terrain qui dépasse l’éducation : elles incarnent deux conceptions des sociétés démocratiques.
L’une cherche à dénoncer les excès de la démocratie, de l’éducation démocratique qui engendre des enfants consommateurs, non cultivés et obéissants à la tyrannie du marché.
L’autre plaide au contraire pour une extension de la démocratie : l’enfant n’est plus défini avant tout en tant que fils ou fille, en tant que « petit », en tant que devant être soumis à l’autorité, il doit chercher à devenir lui-même comme la société démocratique doit aussi s’organiser elle-même.
Précisons un peu plus ces deux manières de concevoir l’éducation. Si leur objectif déclaré est de former des adultes indépendants et autonomes, le chemin pour l’atteindre diffère fortement.
Dans le premier modèle, l’enfant est conçu comme exclusivement petit. Il doit obéir aux grands qui ont une nette supériorité sur lui puisqu’ils sont éclairés par la raison. Le pari de cette éducation est que cette soumission à l’autorité conduit à l’émancipation. Ou pour l’exprimer autrement, l’autonomie s’apprend par l’hétéronomie. Tous les éducateurs qui se situent dans cette orientation prennent toujours comme point de départ l’obéissance. Pour eux, le passage du premier stade au second s’opère par la transgression. La désobéissance devient quasiment une obligation, c’est la sortie de l’enfance.
Dans le deuxième modèle, le parti pris est opposé. L’autonomie s’apprend progressivement, conciliable pendant un temps avec un lien de dépendance. L’enfant est petit, mais il est déjà une personne, il est déjà doué de raison, en tout cas cette ressource ne demande qu’à se développer. Il n’est pas contraint pour être lui-même de vivre dans la transgression.
Alors que dans le premier modèle, « il est permis d’obéir », cela est même vivement conseillé, dans le deuxième modèle, il est permis de devenir soi-même, de le découvrir par essais et par erreurs.
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